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Les bienfaits de la méditation

Interview de Christophe Léger

Thérapeute transpersonnel et animateur de cercles de méditation

Christophe, à quel titre intervenez-vous auprès des Verseurs d’Eau ?

J’interviens en tant que formateur et animateur. La couleur que j’apporte aux Verseurs d’Eau puise ses pigments dans mes compétences en matière de méditation et thérapie transpersonnelle, entre autres activités.

Quelle définition donneriez-vous de la méditation ?

Je me réfèrerai à celle que donne Osho dans son ouvrage intitulé Techniques de méditation : “Méditer est une aventure, la plus formidable que puisse vivre un être humain. Méditer signifie simplement être, sans rien faire : aucune activité, aucune pensée, aucune émotion. (…) Elle [la méditation] surgit de nulle part et de partout. Elle n’a aucune cause, car la vie est faite d’une substance qui est joie”.

Au regard de ma propre expérience, je valide entièrement cette vision de la méditation. Depuis cinq ans, je la pratique quotidiennement et je peux témoigner de la difficulté à entrer dans cet état et en même temps de sa grande accessibilité. Les méditants peuvent vivre un état d’être et non plus de faire. La méditation est alors le silence incarné. Elle consiste principalement à passer d’une activité de mouvements dans la vie quotidienne à l’action d’observation profonde. Quoiqu’il arrive, la méditation devient écrin dans lequel nous pouvons nous lover et nous observons alors absolument tout à l’intérieur de nous-mêmes.

Une pensée devient une distraction avec laquelle nous pouvons être en relation de manière consciente. Même chose pour une émotion ou un ressenti. Nous observons comme nous observerions un train passer dans notre paysage intérieur, mais sans prendre y place. Et quand bien même la tentation de monter dedans serait trop grande et que nous y prendrions place, la conscience nous imposerait de revenir calmement au silence intérieur.

La méditation nettoie notre cœur et notre esprit comme les vagues lavent le sable de la plage. Parfois s’échoue un objet venu du large. Mais c’est tout ! Pas d’activités à faire sur ce non événement… La seule action juste est de ne faire de cet objet qu’une simple observation. En témoignant ainsi de nous-mêmes, nous devenons capables d’avoir des pensées sans que le penseur soit mobilisé. Nous flirtons avec le principe fondateur d’une mort à nous-mêmes laquelle se révèle être une authentique renaissance quand nous sortons de la méditation.

Concrètement, comment un occidental, pris dans son quotidien, peut-il assidûment pratiquer la méditation ?

Là encore, je me base sur ma double expérience d’enseignant et de praticien. D’abord, c’est une hygiène quotidienne. Comme votre question le laissait entendre, nous sommes avant tout préoccupés par le devoir de faire, chaque matin, chaque journée, etc. Et, même le soir en se couchant, la check list se déroule encore, occupant une place démesurée dans notre mental.

La pratique régulière de la méditation consiste simplement à installer quelque part dans la journée un temps pour soi… Cela peut se faire de préférence le matin, juste après le lever ou le soir avant le coucher. Ou les deux ! Le débutant peut commencer avec des techniques plus actives pour apprendre à calmer le mental. Il peut commencer par 5 minutes par jour les premières semaines puis, progressivement, allonger le temps pour arriver à 20 ou 30 minutes par jour. Généralement, en l’espace de 2 à 3 mois, le geste s’installe et il devient aussi inconfortable pour la personne de ne pas faire SA méditation que de ne pas prendre une douche.

Quelle est la posture de méditation que vous enseignez ? cela nécessite-t-il une préparation spécifique ?

La posture est simple. Elle s’appuie sur quelques principes de tenue du corps :

  • Les jambes, et principalement les genoux, doivent être en contact avec le sol en position du tailleur assis, ou alors en Seïza, c’est-à-dire genoux assis sur un tabouret de méditation ou des coussins ;
  • le dos est droit et plat ;
  • le bassin doit impérativement être légèrement incliné vers l’avant ;
  • la tête et la nuque sont placées dans la continuité du dos ;
  • la bouche fermée, la mâchoire décrochée vers la gorge et la langue collée au palais permettent de laisser les tensions s’effacer du visage.

Un méditant, même débutant, doit avoir une posture corporelle confortable, mais active, afin de pouvoir laisser le corps se gérer tout seul pendant la méditation. Ce point est très important. La posture n’est pas un art en soi. Elle doit obéir à des principes énergétiques de base pour le corps, mais ces derniers n’ont pas à être érigés en lois.
Tenir une posture de méditation dans la durée n’est pas facile au départ ; le corps va s’assouplir avec le temps. Mais une préparation avec un temps de yoga avant la pratique méditative peut se révéler une aide essentielle. Non seulement le yoga va contribuer à l’assouplissement des muscles et des articulations, mais surtout il va chauffer l’énergie et préparer la personne à entrer en relation avec elle-même.

Une fois la posture adoptée, que se passe-t-il pendant la méditation ?

Précisément, rien ! Il s’agit de couper le mental et de rester totalement détendu. Cette attitude est finalement la base de toute pratique méditative. Même dans notre vie moderne et empressée, la méditation peut trouver une place : par exemple, méditer sur un banc d’aéroport en attendant son vol, dans le métro ou à son bureau, ne serait-ce que deux ou trois minutes par jour, c’est s’offrir l’opportunité du bienfait que procure le centrage et le retour vers soi.

Dans mon enseignement, je me rapproche des deux voies possibles de la tradition bouddhiste pour entrer en méditation :

  • Le calme, développant la capacité de focaliser l’attention en un seul point ;
  • La vision, développant la perspicacité dans l’observation de notre état intérieur.

Ainsi, je peux débuter une méditation de 10 à 30 minutes avec une consigne pour le groupe de méditants liée à la respiration et/ou à la posture que nous tenons pendant tout le temps de la méditation. Ou bien encore, je peux être amené à proposer une méditation par visualisation pour nous aider à toucher la partie sensible de notre monde intérieur et vivre la méditation comme un voyage au centre de nous-mêmes. Cela devient une méditation guidée.

Quels sont les bénéfices de l’utilisation de la méditation en entreprise ?

La pratique de la méditation en entreprise nécessite une préparation et un encadrement. Tout d’abord, en termes de bénéfices, les participants sortent du contexte du travail usuel et, sur le lieu même de leurs activités professionnelles, il leur est proposé d’accéder à toute autre chose. Bien sûr, le fait même d’inviter au silence nécessite que l’entreprise puisse mettre à disposition un espace relativement isolé, à l’écart du bruit éventuel des activités quotidiennes, sans mobilier ou presque et avec un minimum d’équipement (tapis de yoga, coussins et tabouret de méditation). L’investissement n’est pas important mais il doit être fait.

Par exemple, les interventions déjà réalisées en entreprise se déroulent dans une salle utilisée généralement par le comité d’entreprise. Pour 15 participants, il faut compter 80 m2 de surface. Je propose la plupart du temps une session d’une heure comprenant 40 mn d’échauffements de type yoga et 20 minutes de méditation guidée.

Les bénéfices sont puissants et ils sont visibles au bout de quelques semaines de pratique régulière. Le lieu de travail devient donc un lieu de détente. Psychologiquement, le réflexe s’installe rapidement pour les acteurs en entreprise qui ont fait le choix de participer à un cours hebdomadaire. La capacité à prendre de la distance, par rapport aux événements et par rapport au stress, s’enracine durablement dans les réactions des participants.

Une personne qui prend le temps régulièrement de se retrouver avec elle-même va développer une capacité plus aigüe d’adaptation lorsque les repères changent, bougent ou évoluent, y compris dans le domaine professionnel. Elle s’immunise contre le stress et le rendez-vous régulier avec le centrage renforce sa capacité de concentration, et ce quel que soit l’âge de l’individu méditant.

Qui peut bénéficier de ces outils en entreprise ?

Absolument tout le monde. La seule condition nécessaire à une rencontre réussie avec la méditation est que la participation soit désirée par le méditant.

A-t-on déjà pu établir un lien scientifique entre la pratique de la méditation et l’activité neurologique ?

Oui. En 1992, Richard Davidson, psychiatre à l’Université de Wisconsin Madison, avait approché les experts mondiaux de la méditation, et notamment le quatorzième Dalaï Lama. Les résultats de cette démarche ont été repris dans un article de Sharon Begley qui mentionnait déjà les impacts positifs de la méditation sur les états émotionnels. A cette époque, il s’agissait véritablement d’une nouveauté pour la psychologie occidentale d’envisager comme sérieuse cette hypothèse. Mais, depuis, l’hypothèse a fait son chemin pour faire son entrée en 2004 au sein même de l’Académie des Sciences Américaines. Cette dernière publia officiellement les résultats d’une étude de Neuroscience en affirmant, je cite, que l’acte méditatif semble pouvoir nous déconditionner de certains automatismes cérébraux.

La méditation entre en relation essentiellement avec le cortex préfrontal du cerveau. Cette partie est divisée en deux côtés :

  • la partie latérale droite conditionne les émotions appelées communément négatives – ou basses en terme plus énergétique. Elle entre en activité quand le sujet éprouve de l’inquiétude, de l’anxiété, de la tristesse, de l’insatisfaction, de la vigilance excessive, etc. ;
  • la partie latérale gauche conditionne les émotions positives ou élevées. Elle s’active donc quand la personne vit dans l’enthousiasme, la joie, etc.

Maintenant, pour comprendre les incidences sur la santé physique ou mentale d’un être, il convient de regarder ce qui se passe entre ces deux parties du cortex préfrontal en fonction de son contexte de vie. Quand les énergies basses activent le cortex préfrontal droit, elles mettent en action le système nerveux sympathique qui entraîne des mises en tension de l’organisme. Aussi un stress chronique peut-il générer des pathologies majeures au niveau de la santé.
A contrario, que se passe-t-il quand nous méditons ? Le cortex préfrontal droit voit son activité diminuer au profit proportionnel de celle du gauche et le cortex préfrontal gauche entraîne une activation du système nerveux parasympathique, ce qui provoque un relâchement des tensions précédemment exercées dans l’organisme. Il ouvre ainsi la possibilité de récupérer, voire de régénérer, des dommages causés.

La méditation est-elle un investissement intéressant pour une entreprise ?

Nous ne parlons pas ici d’une thérapie miracle ou d’un protocole extérieur qui viendrait colmater les brèches d’un individu. Le principal capital d’une entreprise, ce sont les acteurs qui la composent. Ce sont ces femmes et ces hommes qui viennent travailler et pour lesquels la dialectique entre qui je suis et ce que je fais peut revêtir une importance capitale. On a bien vu, dans les récents cas de suicides sur le lieu de travail, que la souffrance venait bien en partie du déchirement qui peut s’ouvrir au sein même de cette dialectique.

Il est difficile de raisonner en terme d’investissement…et cela n’est pas souhaitable. La comptabilité tient une place mineure, ici. La méditation nous est revenue en occident avec le succès des techniques de développement personnel, et ce dès les années 70. Ce qui est certain, c’est que la méditation tient une place transverse car elle s’invite dans quasiment toutes les disciplines. Son action est pérenne pour ceux qui se l’approprient. Et si l’entreprise devient le lieu de cette appropriation, alors, c’est le signe que notre monde est en train de changer.